Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 18:16

 

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Le web compte une myriade de sites et de forums dédiés au bodybuilding plus ou moins intéressants. On peut citer parmi eux de nombreux sites français tels que Musculaction.com, Akelys.com, All-Musculation.com ou bien encore Planetemuscle.com. Ces derniers sont certainement les plus intéressants concernant ce qui se fait dans l’hexagone.[1] Toutefois, ces sites s’adressent particulièrement aux débutants et ne sont pas aussi développés que leurs homologues professionnels situés à l’étranger. Originaires des Etats-Unis, Bodybuilding.com (certainement LA référence) ou bien Muscular Development et Iron Man (les sites des célèbres revues américaines), pour ne citer que les principaux, permettent notamment de suivre l’actualité du bodybuilding comme on suivrait l’actualité du football sur l’Equipe.fr ou Football.fr. Rien de tel en France pour la raison évidente que le public français concerné par le bodybuilding est bien plus réduit que celui des Etats-Unis. Mais le pays de l’Oncle Sam n’est pas le seul à proposer des sites d’une telle qualité. En Europe on en trouve également. Parmi eux j’ai choisi de braquer les projecteurs sur un site tchèque intitulé Ronnie.cz. Pourquoi un site tchèque, me demanderez-vous, alors que les Français maîtrisant la langue tchèque doivent se compter sur les doigts d’une main ? Et bien outre le fait que ses auteurs ont eu la gentillesse et l’extrême bon goût d’y publier une traduction de mon article sur Muscle Beach[2], on trouve sur ce site, une iconographie particulièrement riche concernant le monde du bodybuilding et une vidéothèque à faire pâlir la cinémathèque et l’INA réunis. Rien que cela, fait de Ronnie.cz, une mine d’or pour tout passionné de bodybuilding à la recherche d’informations, de divertissement et de motivation. Pour une raison évidente je ne pourrais vous vanter la qualité des articles qui y sont publiés, mais sachant qu’il s’agit du site dédié aux sports de force le plus fréquenté de République Tchèque (231 804 lecteurs uniques pour le mois de juin 2011 par exemple, pour 3 569 338 pages consultées !), on peut facilement imaginer qu’il s’agit d’un site sérieux qui tient lieu de référence.

 

Ronnie.cz a été fondé en 2001 par un étudiant tchèque en microélectronique du nom de Martin Jebas. A l’origine intitulé Ronnie’s World, il a par la suite pris le nom de Ronnie tout court. Les articles qui y sont publiés, sont consacrés essentiellement au bodybuilding et au fitness mais pas seulement.

 

Dans la rubrique "Culturisme" (Kulturistika), les lecteurs peuvent lire l’actualité sur des sportives et sportifs professionnels, avoir des informations sur les compétitions nationales et internationales, rechercher les résultats de ces compétitions, trouver des reportages, des photos et vidéos ainsi que des entretiens avec des personnalités du fitness ou du bodybuilding. Les adeptes de la musculation peuvent y recueillir de multiples informations sur les techniques d’entraînement, sur l’alimentation ou les suppléments.

Il existe également une rubrique "Powerlifting" qui, comme son nom l’indique, concerne la discipline de la force athlétique mais aussi des sports de force en général (Strongman) et des sports de combats.

La rubrique "Médecine" (Medicina) regroupe les articles spécialisés en anatomie humaine, en biomécanique et en médecine sportive.

Enfin, la dernière rubrique est peut-être celle qui, en tant que non initiés à la langue tchèque, nous intéresse le plus puisqu’il s’agit de la rubrique intitulée "On-line TV" où l’on peut trouver une quantité phénoménale de vidéos sur plusieurs sports et essentiellement sur le bodybuilding, le fitness et le powerlifting. Regroupées en catégories selon la discipline sportive, ces vidéos vont de la simple interview de quelques minutes aux documentaires de plus d’une heure. Concernant ces derniers, notons qu’on peut par exemple y visionner, dans leur intégralité, les documentaires mythiques tels que Lou Ferrigno-Stand Tall ou Dorian Yates-Blood and Guts, pour ne citer que les plus fameux. La rubrique compte également des dizaines de vidéos d’entraînement de champions plus ou moins célèbres, particulièrement motivantes !

Sur Ronnie.cz, l’humour n’est pas absent puisqu’on peut aussi y lire des articles plus « légers », des blagues illustrées ou bien encore un résumé humoristique mensuel de ce qui s’est passé dans le monde du bodybuilding ou dans d’autres sports.

Comme dans beaucoup d’autres sites à caractère informatif, Ronnie.cz comporte une partie Forum où les lecteurs enregistrés peuvent échanger leurs expériences et leurs opinions sur les sports de force en général.

 

Pour terminer cette présentation, notons que la rédaction de Ronnie.cz est étroitement liée à l’association tchèque qui organise les compétitions de culturisme et de fitness dans le pays ainsi qu’à l’école de formation des entraîneurs tchèques de bodybuilding et de bodyfitness.

Je vous recommande donc d’aller jeter un œil sur ce site de référence dont voici le lien: http://www.ronnie.cz/

 

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[1] Il en existe beaucoup d’autres mais j’éviterai de parler et donc de faire la publicité à des sites-vitrines où la musculation n’est que prétexte à l’exhibition égocentrique sous couvert de "superphysique" naturel (où comment faire sa publicité de web-coacher). Suivez mon regard…

[2] A ce jour, seule une partie de l’article a été traduite et publiée sur le site. J’en profite pour remercier la traductrice Hana Drobkovà pour son professionnalisme.

 

 

 

 

 

 



 

 

Par maciste
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 23:54

 

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III – Un esprit indomptable

 

En tant que culturiste antillais, Serge Nubret fut confronté au racisme et sensibilisé à la lutte contre les injustices et les inégalités, notamment envers la communauté noire. Il semble avoir eu un fort sentiment d’appartenance revendiquée à celle dernière, ceci d’autant plus qu’il séjourna plusieurs fois aux Etats-Unis, pays où, rappelons-le, dans les années 60 les noirs étaient discriminés et où, encore aujourd’hui, la question raciale domine la société. Ainsi, Serge Nubret dû faire face aux préjugés aussi bien dans la vie de tous les jours qu’en tant qu’athlète. Dans Je suis… moi et Dieu, il raconte par exemple comment les Italiens firent preuve de mépris envers lui, lors du tournage en Ethiopie (ancienne colonie italienne) du film italien Les 7 bérets rouges.[1] Il ne cessa également de dénoncer le racisme au sein du bodybuilding. Il affirmait qu’en septembre 1960, lors du Championnat du Monde IFBB, son titre d’ « Homme le plus musclé du monde » lui avait été décerné pour éviter qu’on lui attribue celui de « Champion du Monde » qui fut destiné, lui, à un athlète blanc[2]. Il n’eut de cesse, aussi, de répéter que Ben Weider était raciste, allant même jusqu’à le soupçonner d’avoir favorisé une forme d’apartheid en créant deux revues de bodybuilding distinctes, l’une consacrée aux culturistes noirs (Flex) et l’autre aux athlètes blancs (Muscle&Fitness)[3]. Cette accusation de racisme envers le dirigeant de l’IFBB fut au centre de l’affrontement  entre les deux hommes lors du fameux Mr Olympia 1975. Difficile d’en apprécier la véracité même si elle peut paraître plausible considérant le fait que Ben Weider, grand admirateur de Napoléon Bonaparte, n’était pas réputé pour ses idées libérales.

 

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Serge Nubret et Ben Weider (à sa droite) lors du Congrès de l'IFBB en 1971

 

Ainsi, Serge Nubret fut considéré comme un homme d’engagement qui n’hésitait pas à faire entendre sa voix quand quelque chose le révoltait. Esprit libre et indomptable, toute sa vie il refusa d’être manipulé, et pour cette raison, la rupture puis le duel avec l’empire des frères Weider étaient inévitables. Comme on l’a dit plus haut, le clash se produisit en 1975, lors de la compétition de Mr Olympia en Afrique du Sud. Rappelons qu’à cette époque, Serge Nubret, au sommet de sa gloire, était alors un des meilleurs culturistes du moment mais aussi le bras droit de Ben Weider, président de l’IFBB Internationale. Quand on regarde le documentaire Pumping Iron, tourné en partie lors de ce championnat, ou bien les photos montrant le sacre de Schwarzenegger entouré de Nubret, Ferrigno et Weider, on n’imagine pas que derrière les sourires d’apparat se déroulaient, en coulisses, de terribles querelles faites de coups bas entre les deux principaux dirigeants de la plus importante fédération de bodybuilding du monde. Que se passa-t-il, donc, exactement ?  Les faits, tels qu’ils sont connus, ont été essentiellement rapportés par les deux protagonistes et, bien évidemment, comme on pouvait s’y attendre, les versions divergent sensiblement[4]. Dans Brothers of Iron, l’autobiographie rédigée par Ben et Joe Weider, Ben revient sur cet épisode et voici ce qu’il explique : Quelques semaines avant le début de la compétition, il apprit que Serge Nubret avait joué dans un film pornographique[5], ce qui risquait de ternir l’image du bodybuilding dans le monde, au moment même où l’IFBB était en pourparlers avec le Comité National Olympique français pour faire reconnaître la discipline comme un sport à part entière. Particulièrement mécontent, il décida, en pleine préparation de Mr Olympia en Afrique du Sud, de réunir le conseil exécutif de l’IFBB et d’y convoquer Nubret pour qu’il s’explique. Ben Weider affirme qu’il lui aurait demandé, lors de cette réunion, la raison pour laquelle il avait fait ce film, sachant qu’il porterait préjudice au bodybuilding. Ce à quoi Nubret aurait répondu qu’il avait ainsi voulu montrer au monde entier que les culturistes étaient des hommes virils plaisant aux femmes, ce qui, au contraire, permettrait d’améliorer l’image de ce sport[6]. Face à de tels arguments, les délégués du conseil exécutif voulurent suspendre Nubret immédiatement, ce que Ben Weider, toujours selon lui, refusa, préférant lui donner une seconde chance. Il lui demanda alors de s’excuser et de promettre de ne plus jamais agir ainsi. Nubret, fidèle à lui-même, refusa de se soumettre et dès lors, explique Ben Weider, le conseil fut contraint de le suspendre de l’IFBB pour un an. Rejetant la décision du conseil, Serge Nubret organisa une soirée, que Ben Weider qualifie de « très arrosée », dans une suite de l’hôtel où il était installé. Il y invita tous les bodybuilders et les officiels non blancs, à qui il déclara que Ben Weider l’avait viré parce qu’il était noir. « Ben Weider est raciste » aurait-il déclaré à ses hôtes, sans leur parler du film pornographique dans lequel il avait joué. Il leur aurait ensuite demandé de menacer Ben Weider de quitter la compétition et de rentrer chez eux s’il ne le réintégrait pas immédiatement. A la suite de quoi, il téléphona au président de l’IFBB pour lui demander de venir s’expliquer devant les autres athlètes. Ben Weider aurait accepté de les rencontrer. Notons que l’auteur insiste alors (lourdement ?) sur le fait que la plupart de ses interlocuteurs réunis dans la suite de Nubret était dans un état d’ébriété avancé. Il leur expliqua qu’il avait pris la décision d’exclure Serge Nubret non pas pour des raisons de racisme mais parce que ce dernier avait joué dans un film pornographique. A cela il aurait ajouté aux convives que s’ils voulaient quand même quitter la compétition, tout leur serait facilité pour qu’ils quittent l’Afrique du Sud et rentrent chez eux. Ben Weider termine en écrivant que, le lendemain, personne ne voulu partir, et serge Nubret vint le trouver pour lui demander de participer quand même à la compétition. Ce qu’il accepta[7].

C’est là, évidemment, la version officielle qui fut donnée et qui circula largement dans le monde du bodybuilding. Toutefois, ce n’est pas celle de Serge Nubret qui vit dans cette mise à l’écart pour cause de pornographie, un double prétexte. En réalité, selon lui, Ben Weider aurait trouvé cette excuse pour l’éliminer du concours et ce, pour deux raisons essentielles. Tout d’abord il aurait manigancé cela pour sanctionner son esprit un peu trop libre qui le conduisait à refuser obstinément d’être un pion de l’empire Weider. Voilà ce qu’il écrivait sur le forum internet de PlanèteMuscle : « Avant de créer la WABBA, j’étais le 1er vice président de la IFBB, le n°1 juste après Ben Weider qui voulait à tout prix que je vende ses produits en France et puis dans toute l’Europe afin de me contrôler, comme il fait avec tous ces présidents nationaux fantoches qui ne sont que des représentants de la firme Weider. Donc après mille refus de ma part de rentrer dans la combine, il a essayé de m’éliminer lors du concours de Mr Olympia en Afrique du Sud. Tous les pays présents ont menacé Weider si je ne pouvais participer à Mr Olympia, ils empêcheraient leurs athlètes de participer à Mr Univers qui se déroulait en même temps.[8] » Ainsi, Ben Weider aurait exclu Serge Nubret parce que ce dernier, trop indépendant, avait toujours refusé d’être son VRP. Mais la seconde raison pour laquelle le président de l’IFBB l’aurait écarté était bien plus importante aux yeux de Nubret. Il y voyait là une vaste machination mise en place par les frères Weider afin de lui faire perdre le titre de Mr Olympia et assurer la victoire de leur protégé, Arnold Schwarzenegger. Voici ce qu’il raconte dans Je suis… moi et Dieu : « J’étais donc à Pretoria pour participer au concours « M. Olympia », championnat du monde de la discipline. A peine débarqué de l’avion et arrivé en ville, je pris possession de la suite qui m’avait été réservée. Une bonne douche réparatrice plus tard, je me dirigeai, en tenue de sport – short et débardeur – vers la salle de musculation située tout près de l’hôtel. […] Ce jour-là cependant, j’ai commis une erreur d’appréciation, la salle étant truffée d’informateurs opérant pour le compte, tant de mes concurrents que des sponsors et télévisions. Aussi le bruit se répandit-il bien vite que j’étais au meilleur de ma forme et probablement imbattable lors de ce championnat. Il est vrai que, selon les termes en usage dans le milieu culturiste, j’étais à la fois «écorché et volumineux» […]  Compte tenu de l’état de mes relations avec Ben WEIDER et dans la mesure où j’avais désormais cessé d’être utile au sein de l’IFBB, il était impensable pour lui que je puisse prendre part à la compétition avec de réelles chances de succès. Je m’obstinais à refuser de représenter la marque WEIDER en Europe, préférant rester aux côtés des athlètes. En outre, si j’avais été habilement utilisé pour favoriser l’entrée de l’Afrique du Sud dans la Fédération, il s’avérait politiquement incorrect que je puisse l’emporter, en tant que compétiteur noir, dans ce pays qui avait dépensé autant d’argent au profit de l’IFBB. Enfin, le culturiste numéro 1 de l’époque, qui n’était autre qu’Arnold Schwarzenegger avait le bon goût d’être un représentant du Groupe WEIDER. J’appris plus tard que la décision avait été prise très rapidement et à mon insu bien sûr : Serge NUBRET ne devait à aucun prix être en mesure de concourir. » C’est alors, raconte Serge Nubret, que Ben Weider eut l’idée de l’accuser de pornographie. Quand le Comité exécutif pris la décision de le radier, il cessa évidemment de se préparer pour le concours. Signalons que l’explication de sa participation en définitive à Mr Olympia diffère totalement de celle de Ben Weider. Ce dernier affirmait en effet dans son livre que, se voyant isolé face au refus des autres athlètes et des officiels de le soutenir en quittant la compétition, Serge Nubret avait finalement sollicité la possibilité de concourir quand même. Nubret explique pour sa part : « Ils [les présidents des fédérations nationales] menacèrent donc de boycotter purement et simplement la compétition, retirant leurs athlètes si ma radiation était confirmée. […]Pour l’Afrique du Sud, cette situation était évidemment catastrophique : après avoir déployé tant d’efforts diplomatiques et dépensé tant d’argent pour obtenir l’organisation de cette prestigieuse compétition, il était impensable, inenvisageable qu’elle puisse être annulée. L’enjeu était trop important. S’il devait céder sans perdre la face il restait à Ben WEIDER, stratège diabolique, à choisir la manière et le moment. La veille de la date prévue pour la compétition, Ben WEIDER déclara publiquement : « Serge NUBRET n’est plus radié. Il est autorisé à participer au Championnat ». Entre temps, Nubret avait cessé de s’entraîner. La dizaine de jours sans entraînement lui valu de perdre près de 6kg de muscles. Une fois sur le podium, il ne put plus rivaliser avec Arnold et perdit le titre de Mr Olympia. Voilà comment Serge Nubret explique sa défaite de 1975 et la rupture définitive qui s’en suivit avec les frères Weider.

 

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Les sourires de façade lors du Mr Olympia 75

 

A ces deux versions des faits avancées par les deux principaux protagonistes,  s’ajoute une troisième, développée par différents observateurs, et plutôt défavorable à Nubret. Rick Wayne notamment, en fait part dans son livre Muscle War, écrit en 1985. Il y explique que la décision d’écarter Serge Nubret fut décidée par les frères Weider car le culturiste français cherchait à prendre la place de Ben Weider. Evidemment, cette information est à prendre avec beaucoup de précaution sachant que Rick Wayne, bodybuilder professionnel fut un proche de l’empire Weider et qu’il participa notamment à la rédaction du magazine de Joe Weider, Flex. Elle n’est, toutefois pas improbable connaissant Serge Nubret et son goût pour le pouvoir et la reconnaissance. Elle devient même acceptable quand on sait que l’année suivant la rupture, il créa la WABBA, un peu comme si pour se consoler, il s’était offert le poste de président de fédération qu’on lui avait refusé à l’IFBB. Mais ce ne sont là que supputations. Alors que les deux hommes ont maintenant disparu, probablement nul ne sait vraiment quelles furent les raisons exactes de leur affrontement. Pour connaître la vérité, peut-être faudrait-il garder un peu des trois versions proposées. En définitive, ce qui semble certain c’est que cette lutte sans pitié fut la conséquence d’un antagonisme d’intérêts entre deux hommes à l’ambition démesurée.

3.jpgQuoi qu’il en soit, bien des années après l’affaire de 1975, le conflit entre les deux hommes continua. En tant que président de la WABBA, Nubret était vu comme un concurrent par les frères Weider. Ils n’hésitèrent pas notamment à débaucher des athlètes affiliés à la WABBA pour les intégrer à l’IFBB. Ce fut le cas par exemple d’Edouard Kawak qui rejoignit la fédération de Ben Weider avant de réintégrer finalement la WABBA quelques années après. De cette opposition Serge Nubret gardait une haine féroce contre les Weider et surtout envers Ben dont il écrivait : « C’est un homme horrible, sans aucun scrupule »[9]. Il expliquait dans son autobiographie comment ce dernier l’avait empêché d’assister à une compétition de l’« Arnold Classic » organisée par Arnold Schwarzenegger, qui l’avait personnellement invité, en lui demandant au préalable de se détacher de la WABBA.[10] Il l’accusait de truquer Olympia et de faire gagner uniquement les athlètes qui acceptent de faire la promotion de l’empire Weider.[11] Ainsi remettait-il en cause les victoires d’Arnold Schwarzenegger, pour lequel il gardait une certaine estime, mais qu’il savait aussi juger sévèrement.[12] A Joe Weider, il reprochait de  prétendre à la paternité d’une soi-disant méthode qui n’était qu’une compilation de pratiques d’entraînement mises au point, au fil du temps, par plusieurs générations de culturistes. Il raillait celui qui se présentait comme l’entraîneur des plus grands, alors que lui-même avait un physique ridicule et qu’au seul concours de bodybuilding auquel il participa, il termina bon dernier. Dans sa nouvelle autobiographie qu’il s’apprêtait à écrire, il promettait de dénoncer tout ce qu’il savait sur les frères Weider : « Dans mon deuxième livre autobiographique, que je suis en train d’écrire, je dénonce tout… mais tout… Il faut que les gens sachent où ils mettent les pieds[13] Cette haine et cette rancœur qui, quarante ans après, était toujours aussi vivace, pouvait le conduire à tenir des propos qu’on pourrait qualifier de « paranoïaques ». Il faisait part notamment de sa crainte de retourner un jour aux Etats-Unis où il ne serait pas à l’abri d’un mauvais coup du clan Weider. Sur PlanèteMuscle il tint ces paroles étonnantes (délirantes ?) : « La seule chose qu'ils peuvent me faire c'est si jamais je me rendais en Amérique, c'est de mettre des produits interdits dans mes valises afin de me compromettre, c'est pour cela que j'avais dit, il y a quelque temps sur le topic, que peut-être je n'irai jamais plus aux Etats Unis, sauf si madame Clinton devenait Présidente. [14]» Il développait ainsi une curieuse théorie du complot au centre de laquelle il se plaçait dans le rôle de la victime et se muait en quelque sorte en homme qui en savait trop.[15] On peut aisément comprendre son attitude – hormis évidemment sa paranoïa - envers les frères Weider, connaissant l’ambition prédatrice de ces derniers. Toutefois, certains témoignages viennent ternir l’image de celui qui se présentait comme le premier opposant à l’Empire Weider et aux magouilles de ses deux dirigeants. En effet, si Nubret ne cessa de critiquer Ben et Joe dans leur manière de gérer l’IFBB, John D. Fair explique dans Muscletown USA, que le président de la WABBA ne se différencia guère dans la façon de diriger sa propre fédération. Lui aussi se serait comporté en manipulateur et aurait utilisé la WABBA à ses propres fins. Voici ce qu’écrit exactement John D. Fair : « Though Heidestam was made president of WABBA, he resented Nubret’s control over it. A break in their alliance occurred at the WABBA’s 1983 World Championship in Swizerland. It was a “scandal”, Heidenstam alleged, how the competition “was dominated by Serge Nubret and his wife”. Using “the worst tricks of Waider, Nubret had manipulated a victory for himself in the professional class. Likewise the meeting of national delegates was a “farce”, spent mostly haggling over money”. »[16] Là encore, ce témoignage rapporté d’Oscar Heidenstam est à prendre avec beaucoup de précautions, mais il n’en reste pas moins que l’image du chevalier blanc qu’aimait arborer Serge Nubret y est, une fois de plus, passablement écornée. Ainsi on peut se poser la question suivante: Nubret, le défenseur de la cause des noirs, l’avocat des athlètes, le pourfendeur du système mafieux des Weider, ne roulait-il pas avant tout pour lui-même ? Tout n’est pas aussi simple. Certainement, dirons-nous, qu’en voulant défendre ses propres intérêts et poussé par une ambition dévorante il se heurta à un monde du bodybuilding, verrouillé par les préjugés et surtout par la mainmise du clan Weider. Dans la lutte sans merci qu’il allait devoir mener pour avoir une part du gâteau, il ne fit que mettre en exergue les aspects les plus négatifs, et pourtant bien réels, d’un monde du bodybuilding professionnel gangréné par la soif de pouvoir et d’argent.

 

Conclusion

Serge Nubret fut donc un personnage à multiples facettes, que, loin des portraits hagiographiques qu’on a pu en faire (surtout depuis sa mort) j’ai voulu dépeindre ici. Athlète flamboyant au parcours sportif exemplaire, il révéla une part de lui-même parfois contestable, ou du moins irritante. Son attitude hypocrite envers l’usage des anabolisants notamment peut être critiquable quand d’autres, de sa génération, avaient depuis longtemps avoué en avoir utilisé. D’autant que les arguments avancés pour prouver qu’il ne se dopa jamais pouvaient prêter à sourire. On me rétorquera qu’il ne fit qu’adopter l’attitude largement partagées dans le milieu du bodybuilding au sujet des stéroïdes consistant à nier envers et contre tout. Soit. Dérangeant fut également Serge Nubret quand il se plaisait à revêtir l’habit du penseur mystique, enfilant les « perles » de la philosophie de comptoir. Tout aussi agaçant fut son ego surdimensionné qui le poussait parfois à un manque total de modestie et qui explique en partie sa relation tendue avec Ben Weider et Arnold Schwarzenegger. Ce trop plein d’orgueil le conduisit parfois à faire preuve d’un sentiment de supériorité mal placé.[17] Là encore, on me répondra, et j’en conviens, qu’il devait être difficile de garder la tête froide quand on était capable d’aligner un tel palmarès et que l’on possédait un corps de Dieu grec. Finalement, le manque de modestie et la surestimation de soi ne sont-elles pas les choses les mieux partagées dans l’univers du culturisme ? Peut-être. Mais que dire de son ressentiment envers les Weider et le « chêne autrichien » ? On peut comprendre qu’il leur en ait voulu de s’être ligués contre lui pour mieux assoir leur pouvoir sur le monde du muscle. Mais à la lecture de son livre ou de ses interventions sur internet on a parfois le sentiment que la jalousie l’animait plus encore que la rancœur. Du moins, son affrontement avec le dirigeant de l’IFBB ne fut pas exempt d’arrière-pensées, elles mêmes inspirées par une ambition débordante. Une ambition telle, qu’elle le conduisit, semble-t-il,  à adopter parfois les mêmes méthodes qu’il avait cru déceler et si bien critiquer chez ses adversaires américains.

Mais de ce portrait de Serge Nubret, entaché de défauts somme toute bénins, et dont je ne pouvais taire la description au risque de me faire, moi aussi, l’hagiographe inutile, je préfère retenir l’immense culturiste à la plastique incroyable et à la ligne parfaite. L’athlète exceptionnel au palmarès époustouflant : 6 fois champion du monde et 4 fois finaliste à Mr Olympia. L’homme au grand cœur qui, sans cesse, en salle ou sur le net, prodigua avec patience, conseils et encouragements aux bodybuilders en herbe. Mais aussi le symbole d’un athlète noir qui, dans les années 60 et 70, de Paris à Pointe-à-Pitre, en passant par Saint-Denis ou Fort-de-France, fit rêver plus d’un adolescent. Grand culturiste, Serge Nubret le fut assurément jusqu’à son dernier souffle puisqu’avant de tomber dans le coma, il continuait à s’entraîner en salle régulièrement. D’ailleurs, dans Je suis… moi et Dieu n’écrivait-il pas : « J’ai la conviction, la certitude absolue d’être né culturiste. Même si, dans les faits, je le suis devenu. Et je le resterai jusqu’à ma mort ». On peut dire qu’il a tenu sa promesse. Ciao « panthère » !













Voici un lien contenant une galerie de photos et des vidéos consacrées à Serge Nubret: Ronnie.cz

 



[1] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.76-77.

[2] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.64.

[3] Déclarations relevées sur le forum de PlanèteMuscle en 2006. Notons que sur ce même forum, Serge Nubret fit état d’autres « preuves » du racisme de Ben Weider, citant plusieurs propos et même une lettre qu’il aurait écrite contre lui dans laquelle il s’exprimait ainsi « N'oublions pas que Serge Nubret est un noir vivant à Paris, par conséquent ne peut avoir aucune respectabilité » (Planètemuscle, 8 août 2006). Evidemment de telles accusations ne peuvent être prouvées.

[4] Aujourd’hui encore, sur certains forums internet, américains notamment, on assiste à des foires d’empoigne entre partisans de la version rapportée par Ben Weider et partisans de celle de Serge Nubret.

[5] Serge Nubret refusa toujours le terme de « pornographique ». Il expliqua qu’il s’agissait d’un fil de charme où il apparaissait à demi nu faisant l’amour à une femme. Difficile de déclarer qui dit vrai. Le film en question porte toutefois un nom assez évocateur puisqu’il s’intitule : Les ravageuses de sexe, aka Les demoiselles à péage. Réalisé par Richard Balducci, sorte de Max Pécas, il est référencé comme « comédie érotique » sur de nombreux sites internet.

[6] Dans la version racontée par Serge Nubret, ce dernier aurait rétorqué à Ben Weider qu’il avait voulu prouver que les bodybuilders n’étaient pas des homosexuels faisant allusion à l’homosexualité réelle ou supposée de son frère Joe Weider.

[7] Brothers of Iron, Ben et Joe Weider, p 222-223.

[8] Forum de PlaneteMuscle, 15 septembre 2006.

[9] Forum de PlanèteMuscle, 18 août 2006

[10] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p41.

[11] Cette accusation revient souvent dans le monde du bodybuilding et elle n’est certainement pas dénuée d’une certaine vérité.

[12] A un internaute qui lui demandait ce qu’il pensait de Schwarzenegger il répondit : « En tant que culturiste, sûrement le plus grand, il a porté beaucoup à notre sport, quoique je pense qu'il aurait encore pu apporter davantage. En tant qu'Être humain, difficile à connaitre, il profite beaucoup des amis et ne renvoie pas toujours l'ascenseur. Il est un peu comme un homme utilisant une échelle pour grimper et de peur que quelqu'un utilise la même échelle, il briserait au fur et à mesure les barreaux qu'il venait d'utiliser, au risque de dégringoler brutalement, ne pouvant pas utiliser les barreaux qu'il avait lui même brisés, à moins qu'il puisse toujours rester au sommet. En tant que politicien, il est très dangereux. » PlanèteMuscle, 4 juillet 2006

[13] PlanèteMuscle, 27 juillet 2006.

[14] PlanèteMuscle, 9 novembre 2006.

[15] Film d’Alfred Hitchcock sorti en 1956.

[16] John D. Fair, Muscletown USA : Bob Hoffman and the manly culture of York barbell, 1999, p 356.

[17] Voici ce qu’il pouvait écrire notamment dans Je suis… moi et Dieu : « Je viens de fêter mes soixante six ans sans m’être jamais battu. Je n’ai que fort peu de mérite en vérité car, triompher de mon adversaire n’aurait nullement constitué un exploit aux yeux des tiers, ma supériorité physique étant manifeste. Mais si d’aventure il m’était arrivé d’être terrassé par l’autre combattant, imaginez mon humiliation ! » Ce commentaire prend une dimension particulière quand on le confronte à l’épisode de Mr Olympia 75 et la haine de Serge Nubret contre les Weider et Schwarzenegger. Sûr de gagner cette compétition, ne fut-il pas « humilié » de se voir subtiliser le titre suprême ?

Par maciste
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 09:48

 

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II – Un entraînement « démentiel » et un curieux mysticisme

 

Tout au long de sa carrière, Serge Nubret mis au point un programme d’entraînement très particulier qui fit – et fait encore – couler beaucoup d’encre. Contredisant la plupart des spécialistes de la musculation qui s’accordent à considérer que seuls les séries courtes et le travail avec des charges lourdes sont capables de bâtir un corps de bodybuilder, Nubret favorisa pour sa part les charges moyennes, voire légères, et les séries longues et nombreuses. A vrai dire, le type d’entraînement qu’il a mis sur pied n’est pas à la portée du premier venu. Mais il ne l’est pas non plus parmi les culturistes professionnels tant il est réputé comme particulièrement difficile et éprouvant. On a souvent raconté que Schwarzenegger, lui-même, l’avait qualifié d’entraînement « démentiel »[1]. Serge Nubret aimait raconter que lors de la préparation de Mr Olympia, en 1975, Lou Ferrigno lui proposa de s’entraîner avec lui et accepta de suivre son programme. Le futur Hulk, ne parvint toutefois pas à terminer la séance et souffrit, plusieurs jours après, de courbatures comme jamais il n’en avait connues.

Le programme de la « panthère noire », qui devint plus tard la « méthode Nubret » et qui connu un grand succès auprès de nombreux pratiquants de la musculation[2] (ils sont encore nombreux aujourd’hui à la suivre), était donc fondée sur un nombre de séries par exercices pouvant aller jusqu’à 10 ou 12  et des répétitions pouvant atteindre les 20 ou 30. Soit, parfois, plus de 300 répétitions pour un seul exercice musculaire ! En tout, une séance pouvait comporter 40 séries par groupes musculaires ! Concernant les abdominaux, par exemple, Serge Nubret pouvait aligner jusqu’à 1500 répétitions de sit-up. Il disait qu’il trouvait le tapis de course ou le vélo elliptique ennuyeux et qu’il leur préférait, en guise d’exercice de cardio, une bonne séance d’abdominaux en séries longues. Un tel volume d’entraînement impliquait qu’il passe 4 à 5 heures dans une salle à pousser de la fonte. En général, il fractionnait ce temps passé en deux séances dans une même journée. A raison de 6 entraînements par semaine, il travaillait tous les groupes musculaires 3 fois chaque semaine. S’il privilégiait les charges relativement légères, condition nécessaire à l’accomplissement d’un nombre gigantesque de séries, il n’était pas dépourvu pour autant, d’une force remarquable puisque pour un poids de corps d’environ 95Kg, il parvint à un maxi de 225Kg au développé couché.

 

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On ne niera p­­as que Serge Nubret était un être exceptionnel à la génétique particulièrement favorable. On peut toutefois s’interroger sur les capacités d’un être humain à encaisser un tel entraînement sur une longue période. Plus clairement, il nous est difficile de penser que cela fut possible sans l’intervention de produits chimiques. Ce doute nous est d’autant plus permis au vu du résultat que cet entraînement « démentiel » lui permis d’obtenir ; à savoir un corps, certes harmonieux et bien proportionné, mais aux muscles hypertrophiés qu’un athlète, aussi motivé et aussi bien doté génétiquement que lui, ne pourrait atteindre en restant naturel. Nous sommes donc en droit de nous interroger sur les déclarations de Serge Nubret qui, jusqu’à la fin de sa vie, jura n’avoir jamais fait usage de produits anabolisants. Pourtant, maintes fois la question lui fut posée, notamment sur les forums internet où il fut parfois sévèrement pris à parti. A chaque fois – comme la plupart des bodybuilders professionnels d’ailleurs – il nia, allant même jusqu’à déclarer qu’à son époque les produits dopants n’existaient pas, ou du moins, qu’ils étaient inconnus des culturistes. Je ne suis pas là pour faire le procès post-mortem de Serge Nubret. Je serais de toute façon bien incapable de prouver qu’il a usé de stéroïdes. Toutefois, face à une telle mauvaise foi on peut quand même s’interroger. En effet, affirmer que dans les années 50 et 60 les culturistes n’étaient pas au courant de l’existence des produits anabolisants est faire preuve d’une grande hypocrisie. Nous savons que les stéroïdes sont apparus dans les années 30, que l’armée allemande les utilisa sur ses soldats et qu’après la guerre, les équipes olympiques soviétiques en firent largement usage, notamment parmi les haltérophiles. Nous savons aussi qu’aux Etats-Unis, le Dr John Ziegler mis au point le fameux Dianabol, dès 1956. Je veux bien croire que Serge Nubret n’ait pas eu connaissance de ces produits au tout début de sa carrière, mais j’ai du mal à croire qu’il n’en ait eu vent par la suite et qu’il n’y ait goûté, tout au long des années 60 et à fortiori entre 1970 et 1980 (période durant laquelle les anabolisants fleurissaient dans les vestiaires des salles de musculation). Arnold Schwarzenegger lui-même a depuis reconnu qu’il avait fait usage de stéroïdes. Pour atteindre un tel niveau de musculature, un tel sommet dans le circuit du bodybuilding, et participer par 4 fois à la finale de Mr Olympia, difficile d’admettre qu’il ait pu rester naturel. Et pourtant, droit dans ses bottes, la « panthère noire » ne cessa de rejeter d’un revers de main de telles accusations. Cette obstination à vouloir se proclamer « naturel » s’inscrit dans le caractère même de Serge Nubret, dans cette attitude quelque peu orgueilleuse qui le conduisait souvent à vouloir se présenter comme un être exceptionnel, hors norme. C’est un trait de caractère qui ressort assez nettement à la lecture de son autobiographie ou de ses interventions sur les différents forums du web. Aussi, sympathique qu’ait pu être le personnage, aussi grande l’estime qu’on puisse lui porter, on ne peut taire ce défaut car il peut expliquer en partie la trajectoire de sa carrière.

fotos_serge_nubret_307.jpgA ceux qui lui demandaient comment il avait pu se forger un corps pareil sans avoir recours à des substances anabolisantes, Serge Nubret répondait invariablement que son secret reposait sur une alimentation composée essentiellement de riz, de légumes secs et surtout de viande rouge tel que le cheval. Il affirmait que pendant des années il avait ingurgité jusqu’à 4 ou 5 kilos de viande par jour, en période de compétition ! L’autre raison lui ayant permis d’atteindre ce niveau était d’ordre mystique : c’est ce qu’il appelait « les 3 forces ». Avant d’expliquer ce qu’il entendait par là, penchons nous sur un autre trait de la personnalité de Serge Nubret, à savoir son attirance très marquée pour le mysticisme philosophique, voire l’ésotérisme le plus obscur. Pour tout dire, on touche certainement ici à l’aspect le plus insondable, le plus polémique et peut-être le plus exaspérant du personnage. Serge Nubret était profondément croyant. Comme la plupart des Antillais de son âge, il avait été élevé dans la religion catholique[3]. Toutefois, il s’éloigna peu à peu de la religion traditionnelle pour élaborer une sorte de mystique syncrétique teintée d’une forte dose d’ésotérisme. Dans son autobiographie où il expose largement cette pensée mystique il écrit : « De nos jours, les religions qui se réclament du christianisme n’en sont que des interprétations dogmatiques qui, à bien des égards, déforment l’enseignement du Christ à qui elles font dire tout et n’importe quoi. Ces religions ont beaucoup de sang sur les mains, ont généré de multiples souffrances au nom d’un Dieu qui ne demandait rien de tout cela. […] J’ai lu et relu sans relâche la Bible et le Nouveau Testament. J’y ai puisé MA foi. Tout à fait personnelle et singulière. »[4]  La philosophie de Serge Nubret traduisait certes une ouverture sur le monde et la volonté de comprendre ce dernier, mais, il faut bien l’avouer, elle se réduisait bien souvent à des élucubrations ne dépassant que rarement le niveau de la brève de comptoir. Faites de formules à l’emporte pièce et de poncifs sur l’existence humaine, elle reprenait largement les grands thèmes religieux. Serge Nubret croyait par exemple au destin et refusait toute idée de libre arbitre. Selon lui, tout était écrit d’avance et Dieu avait déjà programmé nos vies sur « son grand ordinateur » (idée que ne renierait pas Francis Lalanne, autre grand penseur !). Comme tout esprit mystique, il empruntait au manichéisme, fondé sur l’existence du Bien et du Mal. Il écrivait notamment : « De mes réflexions et observations, j’ai acquis la certitude suivante : un seul principe anime toute chose : l’âme du monde, conjonction d’une force positive et d’une force négative qui interagissent en permanence l’une sur l’autre »[5]. Il était également friand de numérologie, croyait aux prémonitions, à la réincarnation et à l’astrologie. Il raconte d’ailleurs une anecdote dans son livre, sur une voyante qui lui aurait prédit sa carrière. Tout ceci est difficilement compréhensible pour un esprit athée et cartésien comme le mien mais peut, au mieux, prêter à sourire. Plus dérangeant se révèle le « penseur » Nubret quand sa pensée frise l’obscurantisme le plus rétrograde. A ce titre, certaines pages de Je suis… moi et Dieu sont éloquentes. L’auteur s’y empêtre souvent dans un délire mystico-philosophique particulièrement ridicule. Ne craignant pas de se contredire d’une page à l’autre, il y écrit des énormités telle que celle-ci : « La science nous enseigne aujourd’hui que la plupart des maladies sont d’origines psychosomatiques. Nous les avons, d’une certaine manière créées. »[6] Outre le fait qu’une telle assertion est fausse – même s’il existe évidemment des maladies psychosomatiques, nul médecin, autre que les adeptes de la médecine parallèle, n’a jamais prétendu que la majorité des maladies avait une cause psychique – soulignons que deux pages avant, Serge Nubret s’employait à nous prouver que le libre arbitre n’existait pas et que nos vies étaient écrites d’avance. A quoi nous serions alors tenté de répondre par la question suivante : nous ne pouvons donc rien maîtriser sauf le déclenchement de notre propre cancer ? Plus loin encore, c’est la science qu’il remet en cause. Ses déclarations passablement délirantes nous ramènent alors dix siècles en arrière, en plein Moyen-âge : « Selon notre science illusoire, il existerait dans l’Univers plusieurs milliards de galaxies, groupées en millions d’amas et superamas, renfermant chacune des milliards d’étoiles. On nous apprend aussi que la vitesse de la lumière atteint 300000 km par seconde. [ …] La lumière serait parait-il la chose la plus rapide existant. Comment dès lors serait-il possible de créer l’Univers ? Tout est faux, tout est illusion. JE SUIS est plus rapide que tout car il est TOUT, il est instantané, hors du temps, il échappe à la notion de vitesse puisqu’il n’a pas besoin de bouger pour ETRE… à la fois toujours et partout ! [7]» Serge Nubret rejoint là les religieux les plus réactionnaires, ceux qui ont oublié de prendre en marche le train de la réforme, du progrès et de la modernité.

Voilà donc un Serge Nubret assez étrange, qui, surtout à la fin de sa vie, formulait une pensée mystico-philosophique qu’il professait à qui voulait l’entendre. C’est justement dans le cadre de cette pensée ésotérique qu’il développa son idée phare : celle des « 3 forces ». Pour l’expliquer voilà ce qu’il écrit dans son autobiographie : « C’est ce que je symbolise et résume par l’union des trois forces : la force physique, la force émotionnelle et la force mentale. Contrairement aux apparences, la première, la force physique est la moins importante. Seule elle n’est rien, n’a pas de valeur propre. La force émotionnelle ou affective, c'est-à-dire l’amour profond de ce que l’on fait est autrement plus déterminante. Tout comme l’est la troisième force, la force mentale. La volonté inébranlable d’avancer, quoiqu’il arrive, parce que l’on croit en ce que l’on fait. Et parce que l’on est persuadé qu’il n’y a pas d’autre voie possible ! »[8] Ainsi, selon lui, pour réussir dans toute entreprise, l’homme se doit de réunir, de mettre en symbiose ces trois forces qu’il possède en son for intérieur. On peut ou non adhérer à cette philosophie qui ne mange pas de pain mais ce qui est plus gênant c’est que Serge Nubret s’en servait systématiquement comme d’un paravent pour parer aux attaques de ces contradicteurs qui doutaient qu’il ait pu rester « naturel » tout au long de sa carrière d’athlète. Voici ce qu’il pouvait répondre par exemple quand on l’accusait d’avoir fait usage de stéroïdes : « J’ai commencé la culture physique en 1958, à cette époque les produits chimiques n’étaient pas connus au moins des culturistes. […] Les gens ignorent les possibilités de l’homme quand ses trois forces sont en communion. […] Quand vous avez ces trois forces en communion, tout vous est permis, les hormones naturelles de votre corps sont prêtes à vous venir en aide. Beaucoup de gens appellent cela ‘’être doué’’. »[9] Ainsi, la masse musculaire hors norme qu’il aurait acquis serait due, non pas à des hormones artificielles anabolisantes mais à des hormones secrétées naturellement sous l’action bénéfique de ces trois forces réunies. On nage, là encore, en plein ésotérisme médical. De cette manière, Serge Nubret justifiait également la durée de ses entraînements. C’était grâce à la force émotionnelle – c'est-à-dire « à l’amour profond de ce que l’on fait » - qu’il pouvait rester jusqu’à 5 heures à s’entraîner dans une salle. Ce temps était également nécessaire, affirmait-il, pour que le corps puisse libérer – toujours sous l’action des forces en communion – assez d’hormones anabolisantes naturelles telle que la testostérone. Pour résumer, si Serge Nubret avait pu se forger un corps digne d’un Super-héros de comics, ce n’était pas grâce aux stéroïdes mais à sa capacité d’unir ses trois forces intérieures. Chacun de nous appréciera la dose d’hypocrisie de telles déclarations. Pour ne pas révéler un secret de polichinelle, ce grand champion s’enferma donc dans le dénie le plus total et préféra développer une justification quelque peu branlante. Même si cela n’enlève rien à l’admiration qu’on lui porte, on ne peut que le déplorer.

Ce voile sur la mémoire de Serge Nubret aurait pu être contrebalancé par une autre facette du personnage, à savoir son tempérament frondeur qui fit de lui un homme engagé et indomptable. C’est du moins l’image que beaucoup retiennent de lui. Malheureusement, elle n’est pas aussi claire...



[1] Schwarzenegger a en effet écrit quelques articles sur Serge Nubret et son entraînement. Il aurait déclaré cela dans un article publié dans Muscle&Fitness ou Muscle Power. Les sources divergent sur ce point. Je ne suis toutefois pas parvenu à retrouver la moindre trace de ces articles et ne peut affirmer qu’Arnold ait pu vraiment dire une telle chose. Quoi qu’il en soit il était de renommée mondiale que le programme de Serge Nubret était particulièrement éprouvant.

[2] Thierry Pastel notamment fut un adepte de la « méthode Nubret ». Lors de ses séances au Rem Gym, à la fin de sa vie, Serge Nubret continuait à la promouvoir auprès des adeptes de la musculation qui venaient le consulter, où bien encore sur internet où il suivait pas à pas certains internautes qui venaient lui décrire quotidiennement leur séance inspirée de sa méthode.

[3] « J’aurais pu être juif, musulman ou bouddhiste. Ou demeurer athée. Mais, né aux Antilles françaises où 90% de la population est catholique, je n’avais guère le choix à cette époque de ma vie » in Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.15

[4] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.22

[5] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.34

[6] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.37

[7] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.38

[8] Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.55

[9] Forum internet de PlanèteMuscle, 7 juillet 2006

Par maciste
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 08:38

 

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Après la disparition du « pape du fitness » Jack Lalanne en janvier dernier, voici que le monde du muscle et du bodybuilding vient de perdre une autre grande figure en la personne de Serge Nubret. La « panthère noire » comme il fut surnommé, vient en effet de s’éteindre, après un long coma, à la maison de retraite La Peupleraie à Pierrefitte-sur-Seine, le 19 avril 2011.

Compétiteur hors pair à la plastique sculpturale, d’aucun le considèrent comme un des plus beaux culturistes du monde[1], Serge Nubret fut le premier et surtout le seul bodybuilder français à atteindre un tel niveau dans le circuit du culturisme mondial. Non content d’accéder durant quatre années consécutives à la compétition reine de Mr Olympia, de 1972 à 1975, il parvint à se hisser, lors de ces concours, aux places de 3ème et 2ème face aux plus grands tels que Lou Ferrigno, Franco Columbo et Arnold Schwarzenegger. Jusqu’à présent, pas un seul bodybuilder français n’est encore parvenu à faire mieux.

Serge Nubret faisait partie de l’ancienne école du culturisme, cette école qu’il ne cessera de regretter et qui, contrairement au bodybuilding actuel toujours en quête d’hypertrophie démesurée, faisait la part belle à la ligne et aux proportions harmonieuses. Nubret considérait d’ailleurs la musculation comme un art, une culture du corps (d’où sa préférence pour les termes de culture-physique ou de culturisme).

Sa disparition est l’occasion pour moi de revenir sur la vie et le parcours de cet homme exceptionnel qui fut à la fois, athlète, dirigeant sportif, homme d’affaires et acteur mais qui fut aussi considéré comme le « poil à gratter » du monde du muscle, celui qui ne cessa de défendre les intérêts des culturistes (certains diront, surtout les siens) allant jusqu’à braver, contre vents et marées, l’empire des frères Weider.

 

I – Une vie consacrée aux muscles

 

fotos serge nubret 200Serge Nubret est né à Anse-Bertrand, en Guadeloupe, le 6 octobre 1938. Issus d’une famille relativement aisée, son enfance passée avec ses frères et sœurs en pleine nature est heureuse. En 1950, il quitte son île pour s’installer en banlieue parisienne. Il prend très vite conscience de ses atouts physiques[2]. Sportif, il devient champion de France universitaire du lancer de poids à l’âge de 18 ans. Alors qu’il ne connait pas encore le monde de la musculation, il fait une rencontre fortuite qui le marquera particulièrement. En effet, il raconta plusieurs fois cette anecdote selon laquelle, lors d’un évènement sportif organisé à Joinville-le-Pont, il croisa la silhouette impressionnante d’un inconnu qui devait très certainement être un bodybuilder. Il avouait avoir été fasciné par la musculature du personnage et affirmait que cette vision devait, du moins inconsciemment, avoir influencé sa décision de faire de la musculation. Comme de nombreux adolescents à l’époque, Serge Nubret fut également inspiré par le physique du culturiste et comédien américain, devenu une légende, Steve Reeves. Quoi qu’il en soit, alors qu’il décide de retourner en Guadeloupe afin de fuir l’enrôlement pour la guerre d’Algérie en 1958, il s’inscrit dans une salle de musculation à Pointe-à-Pitre. Particulièrement motivé et voyant très vite que son corps, doté d’une génétique avantageuse, réagit bien aux entraînements, il est porté par l’orgueil impétueux de la jeunesse et déclare à qui veut l’entendre qu’il sera bientôt champion du monde. Ceux qui ricanèrent alors – et on peut les comprend – face au présomptueux apprenti culturiste, furent bien surpris quand ce dernier, deux mois seulement après avoir commencé à s’entraîner sérieusement, obtient le titre de Mr Guadeloupe  - qu’il conservera l’année suivante – et remporte celui d’« Homme le plus musclé du monde » lors du concours international IFBB à Montréal de 1960. Ce premier titre d’importance allait ouvrir la grande carrière de ce champion hors du commun. Carrière sportive évidemment, mais aussi une carrière, plus modeste certes, dans le cinéma. En effet, quelques mois après sa victoire canadienne et alors qu’il revient en France, Serge Nubret, qui n’a alors que 22 ans, est contacté par la société de production d’Alexandre Mnouchkine (père d’Ariane Mnouchkine) pour jouer un petit rôle dans Les Titans, péplum divertissant et premier film du réalisateur italien Duccio Tessari. La carrière cinématographique de Serge Nubret dura à peu près 20 ans, puisqu’il multiplia les rôles dans de nombreuses productions pour le cinéma et la télévision jusqu’au milieu des années 80 environ. Parmi elles on citera les plus réussies comme Un condé d’Yves Boisset en 1970, César et Rosalie, le sublime film de Claude Sautet, avec Romy Schneider et Yves Montand, en 1972, et Le professionnel de Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo, en 1981. En réalité, il faut bien le reconnaître, dans tous ces films, Serge Nubret ne fit que de timides apparitions et dû se contenter de seconds rôles, voire de rôles de figurant. Lui-même reconnaissait (peut-être par dépit et parce que, contrairement à Arnold Schwarzenegger son grand rival, il ne parvint pas à percer dans le 7ème art) qu’il n’avait jamais ambitionné une carrière de grand acteur et que le cinéma n’avait été qu’un moyen, une aide financière,  pour mieux vivre sa passion : le culturisme.

 

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Serge Nubret dans Les Titans, aux côtés de Giuliano Gemma


D’abord intéressé par l’architecture, Serge Nubret doit, face à la pression de son père comptable, qui voudrait que son fils prenne la relève à la direction de son entreprise, opter pour des études commerciales. Mais une fois le titre d’  « Homme le plus musclé du monde » en poche, le jeune athlète compte bien persévérer et se lancer dans  une carrière dans le culturisme. Bien que continuant ses études, il n’a qu’un souhait en tête : vivre de sa passion (ce qu’il appellera plus tard sa « raison d’être »). C’est le début d’un conflit ouvert avec son père, qui, que je sache, ne s’est jamais refermé.
A partir de 1962, le voilà propulsé dans une carrière de bodybuilder. Ses entraînements quotidiens s’enchaînent, tout comme s’enchaînent les innombrables victoires et trophées. Dans toute sa carrière, il ne participa qu’à 13 compétitions d’envergures, mais multiplia les shows et autres démonstrations organisées lors des grands rendez-vous du bodybuilding. Il occupa également à plusieurs reprises la fonction de juge de concours. En 1969, notamment, c’est lui qui, lors du concours Mr Univers à Londres, classe premier le jeune Arnold Schwarzenegger qu’il rencontre pour la première fois[3]. Ce dernier lui confie d’ailleurs qu’il fait partie de ses fans. Mais c’est surtout au cours des années 70 que la carrière de la « panthère noire » prend un essor considérable. Dès 1970, il cumule les casquettes, à la fois de dirigeant sportif et d’athlète puisqu’il est élu président de l’IFBB-France. Rappelons que l’IFBB était – et est encore – la fédération de bodybuilding la plus importante, créée de toute pièce par les frères Weider. Très vite, Serge Nubret grimpe les échelons et se fait élire président de l’IFBB-Europe, puis vice-président de l’IFBB-International aux côtés de Ben Weider, grand manitou du bodybuilding mondial. Notons que, pour en arriver là, Serge Nubret avoua lui-même avoir utilisé les mêmes manigances dont usaient habituellement les frères Weider.[4] Ceci peut paraître anecdotique mais ça a le mérite de nous éclairer sur sa personnalité et peut-être nous permettre de mieux comprendre l’affrontement qui l’opposa aux Weider pendant plus de 30 ans. En quelques années, donc, Serge Nubret parvient au sommet des instances dirigeantes du bodybuilding mondial dont il va découvrir très vite toutes les arcanes. Dans le même temps, il atteint également le sommet de la compétition puisqu’après avoir remporté le titre de Mr Europe (IFBB) en 1970, il participe une première fois, en 1972, à Mr Olympia où il termine 3ème derrière Arnold Schwarzenegger et Sergio Oliva. En 1973 et 1974, il réitère cet exploit en se classant 3ème à chaque fois. A ce moment là, Serge Nubret est au zénith de sa carrière. Il affiche un physique impressionnant. Il est alors le premier français à atteindre un tel niveau au plan international et pour beaucoup, notamment parmi la communauté noire et antillaise, il devient un modèle, voire une idole[5]. En 1975, la compétition de Mr Olympia se déroule à Pretoria, en Afrique du Sud. Selon Serge Nubret c’est en grande partie grâce à lui que ce pays très fermé où régnait l’Apartheid, accepta de rejoindre l’IFBB et d’accueillir le concours. Quelques scènes de Pumping Iron, le célèbre documentaire qui rendit Arnold Schwarzenegger si célèbre, fut tourné à ce moment là. On y voit d’ailleurs Serge Nubret à plusieurs reprises (sans compter les scènes qui, selon lui, furent coupées au montage). Mais c’est aussi lors de ce concours que se joua la tragédie entre Nubret et les frères Weider. Tragédie qui devait se conclure par une rupture brutale entre les trois hommes. Nous reviendrons plus tard sur les circonstances exactes de ces évènements. Au terme de ce Mr Olympia mouvementé, Serge Nubret remporte la 2ème place juste derrière Arnold Schwarzenegger et devant Lou Ferrigno. Suite à sa rupture avec les Weider et l’IFBB, dont il est exclu, il décide de créer sa propre fédération, la WABBA (World Amateur Bodybuilding Association)[6]. Il s’agit avant tout, même si l’intention n’est pas clairement affichée, de faire concurrence à l’IFBB de Ben Weider. Nubret préfère invoquer la volonté de donner vie à une fédération qui serve réellement les intérêts des athlètes[7]. Parallèlement à sa nouvelle fonction de dirigeant de fédération internationale, il continue à concourir en tant qu’athlète comme il le faisait au sein de l’IFBB. En 1976, il remporte d’ailleurs le titre de Mr Univers (NABBA), puis en 1977 celui de Mr World (WBBG). A l’âge de 43 ans, toujours au mieux de sa forme, il termine second de la compétition World Cup dans sa propre fédération la WABBA, et en 1983 il obtient le titre de Champion du Monde WABBA. Ce sera son dernier trophée puisqu’il abandonne la compétition définitivement en 1984 après une carrière longue de 25 ans. Cette retraite bien méritée ne l’empêche pas de continuer à s’entraîner sérieusement. On peut même affirmer qu’il est quasiment mort les haltères à la main puisqu’à l’âge de 70 ans il enchaînait encore les séries d’une manière déconcertante et arborait un physique à faire pâlir d’envie certains sportifs, de 50 ans ses cadets. Dans les années 80, une fois retiré du monde de la compétition, Serge Nubret se consacre exclusivement à ses fonctions de dirigeant au sein de la WABBA ainsi qu’à celle de propriétaire de salles de sport à Paris. Il ouvrira notamment le Nubret’s International Club, une des plus grandes salles d’Europe, située d’abord rue Rébéval dans le 19ème puis rue du Buisson Saint Louis dans le 10ème. C’est là qu’il entraîne de nombreux culturistes et en prépare certains à la compétition. C’est le cas notamment de Thierry Pastel, d’Edouard Kawak ou de Christian Gomba pour n’en citer que quelques uns[8]. Il prend bientôt peu à peu ses distances avec la WABBA qu’il accuse de devenir une entreprise purement commerciale et finit par la quitter non sans heurts puisqu’il intente un procès à ses nouveaux dirigeants en tant que dépositaire du nom de la fédération et de son logo.

A compter de ces années, il faut bien avouer que Serge Nubret tombe peu à peu dans l’oubli, ou du moins, ne parvient pas à revenir sur le devant de la scène. Ayant quitté la WABBA, il rejoint l’AFCPAS (Association Française de Culture Physique Athlétique et Sportive) à laquelle il restera affilié jusqu’à sa mort, mais qui ne bénéficie évidemment pas du même prestige que l’IFBB ou la WABBA. Durant les dernières années de sa vie il fréquente régulièrement le Rem Gym, une des dernières salles de musculation parisiennes à accueillir les vrais bodybuilders. Il s’y entraîne et y dispense leçons et conseils aux culturistes amateurs, toujours en quêtes de précieux renseignements. On le dit alors facile d’accès et patient avec tous ceux qui l’approchent. Patient et disponible il l’est également sur internet où il participe à de nombreux forums de musculation un peu partout dans le monde et où il répond presque quotidiennement aux internautes qui l’interrogent et n’hésitent pas quelques fois à mettre en doute son entraînement et son image d’athlète propre vis à vis du dopage[9].

 

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Toujours aussi musclé malgré son âge (source: Bodybuilding.com)

 

Père de 3 enfants issus de deux mariages – notamment avec Jacqueline Nubret, avocate et élue trois fois Miss Monde Bodybuilding – Serge Nubret est découvert dans le coma à son domicile en mars 2009. Conduit à l’Hôpital Lariboisière, il va demeurer dans cet état pendant de nombreux mois. Ayant repris connaissance, il se trouve dans un état végétatif, privé de la parole et ne reconnaissant presque personne. Il décède finalement le 19 avril 2011, lors de son séjour en maison de retraite. Les raisons de sa mort restent floues. Aux lendemains de son coma, ses enfants publièrent sur son site internet, récemment ouvert, le message suivant : « Pour le moment, le diagnostique est un coma hypoglycémique probablement dû à un dysfonctionnement de son pancréas ». Il n’empêche que le mystère demeure d’autant plus qu’il est alimenté par des rumeurs plus ou moins fondées faisant état d’un empoisonnement délibéré[10]. Ses enfants notamment sont mis en accusation par certains internautes. Une enquête judiciaire a d’ailleurs été ouverte pour faire toute la lumière sur cet évènement tragique.[11]

Ainsi fut l’exceptionnel destin de Serge Nubret, athlète noir parti de sa Guadeloupe natale pour conquérir le monde du bodybuilding. Son palmarès impressionnant, lui qui talonna Schwarzenegger à Mr Olympia et fut sacré 6 fois champion du monde, fut possible grâce à un physique digne des plus belles statues de Michel-Ange qu’il s’employa toute sa vie à modeler et à améliorer. Pour atteindre ce corps proche de la perfection, la « panthère noire » s’appuya sur un programme d’entraînement herculéen et une philosophie bien singulière...



[1] En 2000, le magazine canadien Musclemag classa Serge Nubret 7ème meilleur culturiste de tous les temps et dans le magazine Flex de juin/juillet 2006, il fut cité dans le top 20 des culturistes les plus esthétiques de tous les temps.

[2] Voici ce que déclare Serge Nubret dans son livre autobiographique Je suis… moi et Dieu :  « Je pus néanmoins mesurer assez rapidement que, contrairement aux apparences, mes 12 premières années d’ « apprentissage » à la Guadeloupe m’avaient plutôt bien préparé à endurer les bouleversements auxquels j’étais soudain confronté au quotidien. En effet, tous les jeux pratiqués là-bas m’avaient rendu particulièrement fort et robuste […] Je dominais en effet sans effort tous mes nouveaux camarades dès lors qu’il s’agissait d’exercer ses capacités physiques […] C’est à cette époque que j’ai pris conscience que je disposais de qualités physiques hors normes. »

[3] Arnold Schwarzenegger terminera finalement deuxième derrière Chet Yorton.

[4] « Pour obtenir les suffrages de la majorité des votants, je m’en remis à la fois à ma réputation d’athlète et aux méthodes « Weider ». Après tout, elles avaient fait leurs preuves et la fin justifiait les moyens. Je nouais ainsi des contacts avec les présidents des fédérations nationales, leur proposant d’effectuer une démonstration, évidemment à titre gratuit, à l‘occasion  de leur Championnat national. Et c’est ainsi qu’à Vérone, en 1974, j’accédai à la fonction de vice-président de l’IFBB. » in Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.85

[5] « Le fait que Serge Nubret, consacré Monsieur Univers aux USA, ait pu tourner dans les ‘‘films d’Hercule’’, n’est pas étranger à cet engouement pour le culturisme. L’impact du cinéma et de cet acteur noir, d’origine antillaise, ont marqué toute une génération. » in Louis Boutrin, Le sport à la Martinique, p.229

[6] Il avait tenté auparavant de mettre sur pied une Fédération des Indépendants qui capota faute de soutien et d’argent.

[7] « Il fallait que j’imprime ma marque, mon empreinte sur ce sport, mon sport. Non par stupide vanité mais parce que je me rendais compte tous les jours qu’il y avait beaucoup à faire pour que la culture physique accède à la place qui lui revenait et que les athlètes y soient traités autrement que comme des pions que l’on manipule. » in Serge Nubret, Je suis… moi et Dieu, p.83

[8] Thierry Pastel fut Champion du Monde WABBA en 1984 et Champion du Monde Pro WABBA en 1987. Il termina 5ème lors de l’Arnold Classic 1991 et 8ème au Mr Olympia de la même année. Edouard Kawak termina 8ème à Mr olympia en 1987. Christian Gomba prit la 3ème place au Mr Univers NABBA de 1981 et finit également 3ème l’année suivante au Championnat du Monde WABBA. Dans le film de Luc Besson, Subway, il tient le rôle de Gros Bill, un bodybuilder renfrogné.

[9] La lecture des interventions de Serge Nubret sur les différents forums montre combien il semblait en manque de notoriété à la fin de sa vie. C’était peut-être un peu pour lui un moyen de se faire re(connaître) de la jeune génération, lui qui n’avait plus vraiment d’actualité. Internet et ses forums furent notamment utilisés comme un tremplin inespéré pour faire de la publicité pour son livre autobiographique. Quelques mois avant de tomber dans le coma il tenta même de créer une compétition portant son nom et destinée à élire un bodybuilder par internet interposé. Une sorte de cyber-Mr Olympia en quelque sorte.

[10] Message de Shawn Ray posté sur le forum de Muscular Development le 6 mai 2009.

[11] Kevin Grech, “Mystery surrounds the death of bodybuilding legend and actor Serge Nubret”, in Maltatoday.com.mt, 25 avril 2011.

Par maciste
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Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 17:03

Je regrette sincèrement de devoir publier un article n'ayant rien à voir avec la musculation (et jamais je n'aurais imaginé devoir en arriver là) mais je tenais quand même à pousser un petit coup de gueule contre les plagiaires et autres copieurs-colleurs malhonnêtes qui se permettent, sans mon accord, et surtout sans citer leur source, de reproduire mes articles, publiés ici, sur leurs sites internet. L'article sur Muscle Beach notamment a été copié sans mon accord, sur un site que je nommerai pas, et carrément volé (sans source citée et en changeant le contenu illustratif) sur un autre, que je ne citerai pas non plus. Le plus cocasse est que ces deux sites (commerciaux !) ont recopié l'article en maintenant une erreur de frappe que j'avais commise. Preuve, en plus, qu'ils n'ont même pas lu l'article en entier. J'ai récemment contacté un des deux sites pour lui demander de citer ses sources. Affaire à suivre...

Mon blog est un moyen d'échanger avec les amateurs de bodybuilding, de fitness et de sport en général. Il est évidemment un lieu où l'on peut reccueillir des informations, s'informer sur tel ou tel sujet. Je ne suis donc évidemment pas contre, par principe, le fait que l'on reprenne des passages de mes articles, voire des articles entiers. Mais la moindre des politesses serait avant tout de m'en informer, comme l'a fait tout récemment avec professionnalisme un site de musculation tchèque, que, pour la peine je n'hésite pas à nommer: ronnie.cz, ou, au moins, de citer L'esprit du Muscle en source. Un minimum d'honnêteté et de civisme ne ferait pas de mal à certains.

Par maciste
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